Il pleure
dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !...
~ Il pleure dans mon coeur... ~ [Paul Verlaine] posté le mardi 19 février 2008 21:30
~ Le soleil s'est couché... ~ [Victor Hugo] posté le mardi 19 février 2008 22:25
Le soleil s'est
couché ce soir dans les nuées ;
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs
obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui
fuit !
Tous ces jours
passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où
roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.
Et la face des eaux, et
le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux
mers.
Mais moi, sous chaque
jour courbant plus bas ma tête,
Je passe et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !
Pause Pub. posté le mercredi 20 février 2008 23:15
~ Les Charniers ~ [Guillevic] posté le vendredi 22 février 2008 20:00
Passez
entre les fleurs et regardez
Au bout du pré c’est le charnier.
Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d’insecte un peu
géant
Avec des pieds à travers
tout.
Le sexe est dit par les souliers,
Les regards ont coulé sans doute.
— Eux aussi
Préféraient des
fleurs.
*
À l’un des bords du
charnier,
Légèrement en l’air et
hardie,
Une jambe — de femme
Bien sûr —
Une jambe jeune
Avec un bas noir
Et une cuisse,
Une vraie,
Jeune — et rien,
Rien.
*
Le
linge n’est pas
Ce qui pourrit le plus vite.
On en voit par là,
Durci de matières.
Il donne apparence
De chairs à cacher qui tiendraient
encore.
*
Combien ont su
pourquoi,
Combien sont morts
sachant,
Combien n’ont
pas su quoi ?
Ceux qui auront pleuré,
Leurs yeux sont tout pareils,
C’est des trous dans des os
Ou c’est du plomb qui
fond.
*
Ils
ont dit oui
À la pourriture.
Ils ont accepté,
Ils nous ont quittés.
Nous n’avons rien à voir
Avec leur pourriture.
*
On va, autant qu’on
peut,
Les
séparer,
Mettre chacun d’eux
Dans un trou à lui,
Parce qu’ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.
*
Si ce n’était pas
impossible,
Absolument,
On dirait une femme
Comblée par
l’amour
Et qui va
dormir.
*
Quand la bouche est
ouverte
Ou bien ce qui en reste,
C’est qu’ils ont dû chanter,
Qu’ils ont crié
victoire,
Ou c’est le maxillaire
Qui leur tombait de peur.
— Peut-être par hasard
Et la terre est entrée.
*
Il y a des endroits où
l’on ne sait plus
Si c’est la terre glaise ou si c’est la
chair.
Et l’on est peureux que la terre,
partout,
Soit
pareille et colle.
*
Encore s’ils devenaient
aussitôt
Des squelettes,
Aussi nets et durs
Que de vrais squelettes
Et pas cette masse
Avec la boue.
*
Lequel
de nous voudrait
Se coucher parmi eux
Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l’hommage.
*
Où est la
plaie
Qui fait
réponse ?
Où est la plaie
Des corps vivants ?
Où est la plaie.
Pour qu’on la voie,
Qu’on la guérisse.
*
Ici
Ne repose pas,
Ici ou là, jamais
Ne reposera
Ce qui reste,
Ce qui restera
De ces corps-là.
~ La mort de Léopold Ier [II] ~ [Baudelaire] posté le vendredi 22 février 2008 23:25
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